Alphonse Beni, acteur et réalisateur camerounais possède une carrière des plus singulières qui soit: jouissant d’une réputation d’auteur « disco » quasiment culte en Afrique, on le voit aussi bien jouer sur les plateaux des comédies érotiques de chez Eurociné que faire le ninja approximatif chez cette vieille fripouille de Godfrey Ho. Malgré sa flamboyante carrière d’acteur, sa véritable passion est la réalisation, c’est pourquoi Beni est ici d’abord considéré comme un réalisateur…
Il commence sa carrière dans son pays natal, le Cameroun où il tourne plusieurs courts métrages avant de partir en France. Ainsi, Alphonse Beni peut-il être considéré comme un véritable pionnier du cinéma camerounais, lui qui commence à produire et réaliser des courts-métrages de fiction dès 1971 ("Fureur au poing", "Un Enfant noir") et passe au long format en 1974 avec "Les mecs, les flics, les putains". Pour être un pionnier, il n'en demeure pas moins une exception dans le paysage cinématographique camerounais, et ce à plusieurs titres. D'abord, il est l'un des rares cinéastes qui puisse se targuer d'une véritable indépendance financière vis à vis de l'organisme étatique. Ses films sont majoritairement produits en faisant appel à des capitaux privés étrangers (via des co-productions avec la France, L'Italie ou le Gabon et des accords publicitaires avec par exemple la firme Toyota). Ensuite, il choisit, contrairement à la majorité de ses collègues dont les films décrivent la réalité camerounaise sur un mode documentaire ou auteurisant, d'épouser une forme de narration proche du modèle des séries B occidentales ou asiatiques, s'adaptant au goût du jeune public camerounais, friand de films d'action, de musique pop et de karaté. "Les Mecs les flics, les p..." "Danse mon amour" ou "Saint voyou" ne sont ainsi que des transpositions à la sauce locale (Le héros de ces films, Alphonse Beni lui-même, est camerounais) des standards occidentaux. Exceptionnel également sera le succès au Cameroun des films d'Alphonse Beni, dans un pays ou la distribution et la circulation des oeuvres est plus qu'aléatoire, ce qui grève généralement la carrière commerciale des films. L'Histoire retiendra qu'Alphonse Beni sera le seul cinéaste camerounais "bankable", qui remboursera les avances sur recettes consenties par le FODIC, lequel organisme est d'ailleurs dans une situation financière désastreuse aux cours des années 80 et voit son autorité contestée par bon nombres de cinéastes : sa politique dispendieuse de co-productions avec la France (une série documentaire réalisés par des français et "Chocolat" de Claire Denis notamment) est mise en cause ainsi que sa propension à confondre "soutien financier", "contrôle" et "propagande".
C’est en France qu’il va trouver financement et techniciens pour ses films. Pour se faire il se lance dans la vague érotico-porno qui fleurit sur les écrans dans les annnées 70. Alphonse Beni décroche le rôle principal de "Black love" alias "L'Homme qui voulait violer le monde", un soft porn signé Bénazéraf, le pape du film cochon intello-navet. Beni joue "John A Smith", l'amant de la fille d'un membre des Black Panthers (mouvement d'émancipation des Noirs américains). Alphonse laisse choir la fille et s'en va avec l'argent des Blacks Panthers pour mener une vie de débauche dans le Paris interlope. Il se débarrasse de deux tueurs à gages lancés à ses trousses avant de se faire poignarder par son ex-amante qui récupère le grisbi. (C’est bien les bonnes femmes, ça ...). Benazéraf, cite Vianson-Ponté (éditorialiste au Monde), tient des discours sur Truffaut et cite visuellement Godard entre deux "partouzes mornes" (dixit la critique, pas franchement enthousiaste). Le film compte également comme interprètes Alain Tissier, un obscur du cinéma de boules qui finira chez Max Pécas, et Joëlle Coeur, active dans le milieu des années 70 chez Jean Rollin (mais aussi chez Pécas, Pallardy et Robbe-Grillet). Alphonse Beni est crédité comme co-scénariste.
Il va dès lors alterner les productions de films érotiques qu’il réalise au Cameroun et les tournages en tant qu’acteur en France.